1972-1977

samedi 7 décembre 2013

Au Roc-Saint-André, en Mars 1973, sous l’impulsion de Jean-Luc Emeraud, le théâtre, tel le phœnix, renaît de ses cendres. Descendant de l’ancien « Théâtre de Patronage », le théâtre roxédois, cette année-là, s’émancipe de son cadre paroissial d’origine. La troupe n’est désormais plus chapeautée par un curé ni scindée en deux parties distribuant d’un côté les garçons et de l’autre les filles. Désormais, la troupe sera mixte : quelle révolution ! ... et son nouveau cadre sera celui d’une association socioculturelle avec l’agrément « éducation populaire - Jeunesse et Sports ».
Toute émancipation est un travail de chaque jour, long et plaisant autant qu’ardu : les premières années, les représentations continuent d’avoir lieu le soir même de Noël, avant la messe de minuit. Dès la deuxième année, le choix de jouer « Édouard et Agrippine », suivie de « Le défunt », de René d’ Obaldia, fait grincer alors quelques chaises et mâchoires. À cette époque, il faut dire que toutes les actrices et tous les acteurs composant la troupe sont originaires du Roc-Saint-André ou conjoint(e)s d’actrices ou d’acteurs originaires du Roc : il y a seulement quelques rares membres étrangers, habitant de l’autre côté de l’Oust, à quelques centaines de mètres, loin du côté de La Chapelle-Caro. Ce confinement local confronte très vite la troupe aux épineuses questions diplomatiques naissant entre l’attente supposée du public et le choix de la pièce dans tous les possibles du répertoire théâtral classique et contemporain.
La troupe monte alors une pièce par an avec aboutissement à la veillée de Noël, sur la scène de l’ancienne école des garçons, rue du val chevrier, scène close par un rideau en toile peinte représentant ... le Roc-Saint-André, son église et son magnifique pont !

Devant le rideau, l’avant-scène fait moins de quarante centimètres de profondeur. La salle est à chaque fois bondée. Bondée aussi, le lendemain, en après-midi. Le jeu se fait dans des décors de toile peinte montée sur châssis de bois emboîtables les uns dans les autres, par un système de gonds, pour former un « intérieur » : ces décors ont deux faces peintes. D’une année sur l’autre, on peut changer la « déco d’intérieur » en changeant le décor de côté. Grâce aux sacro-saints entr’actes, il arrive même que le changement « d’intérieur » se fasse d’un acte à l’autre. Y sont apposés aussi quelques tableaux ou meubles venant signifier le changement de décor et de pièce. Tous les ans, un des acteurs (conjoint d’une actrice roxédoise) va chercher ces décors dans sa commune d’origine qui les prête à la troupe pour la période de Noël. Au bout de quelques années, il arrive que la troupe se déplace dans une autre ancienne salle de patronage comme celle de Ruffiac par exemple, qui conservait alors toutes les qualités et les équipements d’une vraie salle de théâtre, ou celle de Lizio. Ces déplacements représentent un sacré travail (comme on dit souvent, le théâtre, c’est d’abord de la manutention)... et un zeste d’aventure dans l’itinérance et la rencontre d’un public qui ne connaît pas les acteurs et voit donc la pièce d’un « autre » œil. La troupe passe donc le « Pont » !

C’est ainsi que se jouent « Les jours heureux » de Puget, « La barque sans pêcheur » de Casona, « Je veux voir Mioussov » de Kataïev, « Cet homme sort de prison » de Dumaine et Dubois et « La cuisine des anges » de Husson. Au début l’éclairage est assuré par une rampe posée sur le nez de scène et des spots au plafond de la scène. Au bout de quelques années, arrivent les premiers Plans convexes 500 watts achetés d’occasion. Puis une connaissance de la troupe, calée en électronique, réalise le premier jeu d’orgue de la troupe avec trois circuits supportant chacun 1000 Watts : une révolution ! La lumière devient graduable, même si le plein feu ne consiste qu’en 3 PC 500 watts en Face. Quelqu’un est désormais chargé des curseurs dans le fond de la salle et des rallonges commencent à courir le long des murs jusqu’au jeu d’orgues flambant neuf et peint en rouge. Plus besoin d’envoyer la sauce à partir de l’interrupteur général de la scène. Le metteur en scène de l’époque, Jean-Luc Emeraud, devient aussi le Président de l’Adec 56 en 1977. L’Adec est alors une association en demi-sommeil ou en sommeil profond ... peut-être même en sommeil paradoxal ! Mais alors, l’éveil surgit, une dynamique créatrice naît entre les 4 Adec bretonnes fédérées dans une union régionale... des rencontres se font, des stages s’organisent ... et peu à peu, la troupe va baigner dans ce mouvement large et bénéficier de ce réveil théâtral joyeusement contagieux. Advient alors le désir d’un changement dans le répertoire joué, ce qui engage aussi un changement dans l’approche du décor : la troupe s’équipe d’une structure démontable et de rideaux noirs ignifugés. La structure métallique conçue et réalisée par Jean Emeraud, comédien de la troupe, est adaptable aux lieux de représentation : réglable en hauteur, en largeur. Il réalise même un rideau à polichinelle, sur une grande portée, et qui peut séparer la scène en deux en profondeur. Les rideaux sont coupés, cousus, ourlés par une partie des comédiennes. La troupe commence à « vouzonner ». La ruche a senti le printemps, ça sent le miel.

L’année 1977 voit naître la première création de Jean-Luc Emeraud avec « Ils se footent de nous », satire des dérives, déjà, du petit monde du football : la troupe jouera pour la première fois dans un festival de théâtre amateur, celui d’Hénansal (22) et puis, la pièce fera la page de couverture du journal « Le contre-pied », numéro 14, Mai-Juin 1980. Toujours en 77, l’autre partie de la troupe, qui n’a pas joué dans « ils se footent de nous » monte « Les deux vierges », une pièce de Bricaire et Lasaygues : pourtant assez conventionnelle vue de maintenant, la pièce inaugurera les premières déglutitions difficiles chez le curé de la paroisse et ce sera le début de la fin des dernières attaches originelles avec le théâtre de patronage. Le cordon est coupé. D’autant que le décor de base consiste désormais en un matériel pliable et escamotable : l’itinérance potentielle est bien là !


Commentaires

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mardi 12 novembre 2013 à 21h07 - par  gaelle peger

Quel dommage que de telles merveilles iconographiques ne soient pas visibles en plus grand ! J’aimerais retrouver mes camarades, mais là, hélas, je ne vois rien. Mais le texte est très bien : une vraie rigueur historique.

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